vendredi 15 février 2008

COMMUNIQUE DE PRESSE

Objet : Municipales 2008 – Interpellation de Martial sur le PEB

Martial, maire sortant, candidat à sa réélection, considère que l’évocation publique d’un accord possible entre le PES et le PEB entre les deux tours exige une clarification.
« Les hommes et les femmes dont le cœur est à gauche ne sont pas prêts à cautionner le retour de Dieudonné, le candidat PEB, au second tour sur la liste du PES ! »

Martial appelle tous les conseillers de la majorité sortante à la clarification. Que ceux-ci soient issus des rangs du PES, du PEC, du MER ou du PEV. Et quel que soit leur engagement au premier tour. « Vous qui avez, avec moi, permis aux habitants de notre commune, dès 1995, de tourner la page du clientélisme et du mépris de l’époque Dieudonné, n’acceptez pas que celui-ci puisse, à la faveur de médiocres calculs électoraux, revenir en catimini, paré d’une fausse vertu, sur une liste d’appareil. »

Voilà, clic clac, Candide envoie ce communiqué par mail à toutes les rédactions. On verra ces jours-ci s’il y a de l’écho. Evidemment, l’idéal serait d’appeler chaque journaliste pour lui faire un brin de causette. Mais ils ne sont pas là et quand ils sont là ils sont en bouclage et « ça » les gonfle plus qu’autre chose.

Ce qui est bien avec cette activité c’est que cela permet à Candide de se dédouaner un peu, vis a vis de Martial et des autres, sur le fait qu’il n’est pas très présent sur le terrain actuellement.

« Surtout, surtout, ne pas culpabiliser. Ne pas se prendre la tête. Faire les choses comme elles viennent. Sinon, ce ne serait plus du jeu » se convainc Candide ! « Du jeu ? » fait en écho une petite voix moralisatrice cachée dans un coin...

jeudi 14 février 2008

Rififi salutaire


Alors que la campagne ronronne dans sa répétition nécessaire mais néanmoins usante le PES offre à l’équipe de Candide du grain à moudre. Les œillades du grand Bornard au PEB provoque l’émoi. Et il ne s’agit pas d’interprétations discutables, mais d’authentiques perspectives clairement évoquées. Or, un accord départemental entre les deux tours aurait pour effet collatéral d’offrir à Dieudonné l’opportunité d’une remise en selle dans sa commune. Lui, l’ancien maire, mis à terre en 95 par Martial lui-même, alors candidat du PES, prendrait une jouissive revanche. Le hic, c’est que les habitants s’en souviennent et sont moins girouettes que les apparatchiks. Et puis, le Paulo ne pourrait pas rester sur la liste commune au nom du PEC ! Et puis le PEV ne pourrait pas s’unir à « cela » ! D’autant que le Désiré l'a mauvaise actuellement vis a vis du Bornard. Chacun y va donc de sa déclaration outrée. Candide rédige celle de Martial avec délectation.
Les dénégations vont aussitôt pleuvoir. Mais il n’y aura pas eu de feu sous braises sans fumée. D’autant que le rougeoiement de celles-ci sont bien visibles. Le doute demeurera. Il sera plus facile aux prosélytes de Martial de suggérer aux électeurs le seul vote sans ambigüité possible...

« Vous voulez le retour de Dieudonné ? Votez PES ! », va pouvoir ironiser perfidement Candide. Facile ! Mais judicieux...

mercredi 13 février 2008

Lassitude


Il n’est pas facile de conserver chaque jour un enthousiasme inaltéré. La lassitude vous prend sournoisement. Candide constate soudain que quelques jours sont passés sans qu’il ne fasse plus grand chose pour servir l’objectif convenu. Que le temps est passé sans prise. Alors que les jours sont comptés. La fatigue l’a gagné. Légitime. Trop de travail là, trop d’obligations ici : les justifications rédemptrices ne manquent pas. Il y a toujours de bonnes raisons à prendre soin de soi plus que des autres. Surtout si l’on prend également soins de quelques « autres ». Des autres bien choisis qui ne sont qu’une partie de vous même : famille, amis, voisins.
Et puis « tout cela n’est-il pas vain », « blanc bonnet et bonnet blanc ». A qu’il est doux l’égoïsme du confort déculpabilisé. Le quant à soi. La satisfaction d’un modeste devoir accompli. Le bien-être innocent du nanti. Celui lui qui permet à tant d’entre nous de se satisfaire d’une compassion dominicale pour son prochain. Un prochain évanescent, symbolique. Une compassion sonnante et trébuchante. Mais en pièces jaunes, cela va de soit.
Se battre. Tous les jours. Toujours. Tout simplement parce qu’une vie à elle seule ne pourra jamais racheter la faute originelle. Celle d’Adam ? Non point. Celle d’être né quelque part, du bon coté du manche. Celle de faire partie du 1% de la population mondiale le plus riche.

Candide n’a pas le droit. Non pas le droit de s’endormir. D’endormir. Dormir. Mourir.

mardi 12 février 2008

Idéologuie et ventripotence


Le patron de Candide l’a "traité" d’idéologue.
Gentiment bien sur. Comme un trait d’humour. Ou d’agacement. Voire, de jalousie ?
Idéologue...
L’avantage de la langue française c’est que sa richesse et la multiplicité de ses usages dans le temps permettant à celui qui s’en donne la peine d’y trouver tout son content. Candide aurait pu se trouver fort marri d’être qualifier ainsi de dogmatique. Pire, d’idéaliste, genre rêveur et pas les pieds sur terre. Mais un idéologue, n’est ce pas aussi, et avant tout celui qui formule et développe un système d'idées ? Sans nécessairement en faire une doctrine. Finalement, avec perfidie ou sincérité, son patron a simplement manifesté à Candide une réalité bien palpable.
D’abord, que Candide a des idées tous les jours ce qui n’est pas le cas de tout un chacun. Candide réfléchit lui. Discute, lit, observe, cherche, s’interroge. Trouve, parfois. Nécessairement.
Ensuite, que Candide aime les formuler les idées qu’il trouve, les défendre, les justifier, les mettre en œuvre. quelles que soient les résistances. Les forces « réactionnaires ». Pire, Candide pense que l’idée est constitutive de sens, et qu’à défaut, sans idée, on ne vit pas, on survit.

Candide regarde son patron, ventripotent, satisfait, béat de suffisance. « Voilà, oui, de suffisance : il se suffit a lui-même, il n’a pas besoin d’idée et rien d’autre à défendre que l’ordre établi » se désole pour lui Candide.

lundi 11 février 2008

Table des possibles


Dans son dernier ouvrage*, Alain Badiou, s’adressant aux citoyens accablés par la situation politique présente, ouvre « la piste de huit points praticables. Ce n’est ni un programme ni une liste, juste une table des possibles, abstraite et incomplète, naturellement. » Juste les prémices du nouveau manifeste communiste dont chacun attend l’avènement. Chacun ?

1. Assumer que tous les ouvriers qui travaillent ici sont d’ici, doivent être considérés égalitairement, honorés comme tels, et singulièrement les ouvriers de provenance étrangère.
2. L’art comme création, qu’elles que soient son époque et sa nationalité, est supérieur à la culture comme consommation, si contemporaine soit-elle.
3. La science, qui est intrinsèquement gratuite, l’emporte absolument sur la technique, même et surtout profitable.
4. L’amour doit être réinventé, mais aussi tout simplement défendu.
5. Tout malade qui demande à un médecin d’être soigné doit-être, par celui-ci, examiné et soigné le mieux possible, dans les conditions contemporaines de la médecine telles que ce médecin les connait, et ce sans aucune condition d’âge, de nationalité, de « culture », de statut administratif ou de ressources financières.
6. Tout processus qui est fondé à se présenter comme le fragment d’une politique d’émancipation doit être tenu pour supérieur à toute nécessité de gestion.
7. Un journal qui appartient à de riches managers n’a pas à être lu par quelqu’un qui n’est ni manager ni riche.
8. Il y a un seul monde.

« Et c’est argumenté ! Lisez-le ! Oxygénez-vous ! » s'enthousiasme Candide.

* De quoi Sarkozy est-il le nom ? (Alain Badiou) Lignes.

dimanche 10 février 2008

Médiages et sondias


Distribution de tracts dans les boites aux lettres des rues avoisinantes. Candide sort de chez lui au crépuscule. Un beau croissant de lune l’accompagne. Il n’a pas de chien à promener. Juste une campagne à battre. Dans ces rues pavillonnaires, les boites sont accessibles, contrairement aux halls d’immeuble. Mais très distantes les unes des autres. La plupart ont un petit autocollant « stop pub » collé en avertissement. Mais il ne s’agit pas de pub. Juste de propagande. Sur les réverbères, Candide, lui, colle, les siens "Avec Martial". Méthodiquement, il plie chacun de ses tracts aux formats idoines des différentes boites aux lettres. Il n’ose imaginer combien d’entre eux ne seront pas même entraperçus avant de rejoindre la poubelle. Combien sont-ils hostiles à cette forme de communication ? Combien y sont juste indifférent ? Combien vont-ils vraiment prendre le tract et, au moins, ne serait-ce qu’apercevoir son objet et son émetteur ? Son expérience de marketing direct l’oblige à considérer que 10% est un grand maximum. Et sur ces 10%, un seul, deux au mieux, sont susceptibles d’y être un peu attentifs. Mais après tout, ce n’est déjà pas si mal ! Chaque avancée ne résulte-t-elle pas, toujours, que d’une infinité d’avancées encore plus modestes ? Combien de pas pour faire un kilomètre ? Combien de boites pour un électeur de plus ? A cette heure, Candide ne croise plus personne. Beaucoup sont devant leur « JT » et découvrent que rien ne va plus à Duracelville, où, même là, les parachutages fussent-ils dorés ne plaisent pas aux gens, fussent-ils tout autant dorés. Dixit les sondages.

« Evidemment, ce n’est pas ici que les médias vont venir prendre le pouls de la population » constate Candide

samedi 9 février 2008

Au bout du bout


Distribution de tract sur ce petit marché de la cité, peu fréquenté, mais dont les voix des habitants pourraient très bien faire la différence dès le premier tour. Contact facile. Expression du mécontentement politique et social actuel. Les requêtes portent aussi bien sur le pouvoir d'achat que sur l'insécurité dans le secteur. Il est question aussi de chiens dangereux non tenus en laisse. Un habitant n'ose plus promener sa petite fille parce que ces chiens sont presque souvent à la hauteur des visages d'enfants. Des griefs contre cette zone sous équipée en commerce et service public. Ou si mal. Le bureau de poste est une véritable « catastrophe » avec un accueil « nul ». La propreté du boulevard et des rues avoisinantes n’est pas satisfaisante. Une parent d'élève évoque la dangerosité du boulevard dont la traversée est risquée pour les élèves et leurs parents. Le logement est un autre sujet d'échange. Avec le besoin crucial de plus grands appartements afin de procurer à chaque enfant un minimum d'espace vital et d'intimité. Un groupe de résidentes trouvent que la policent manquent souvent de respect aux habitants qui la sollicitent. En résumé, les requêtes portent sur l'insécurité, la police, le logement, la sécurité routière, le stationnement et la propreté dans le périmètre immédiat et avoisinant. Du concret, simple, immédiat, quotidien. Loin des paillettes et de la complexité des enjeux nationaux. Certains habitants ont le sentiment d'être abandonnés à leur sort. Il faut faire venir ici Martial dimanche prochain. Ils apprécieraient fortement ce geste.

« Une visite de quartier doit absolument être réalisée sur place, ici, avant le premier tour » propose et obtient Candide.

vendredi 8 février 2008

Tout en haut de l'affiche


La liste serait elle enfin close ? Soyons juste celle de Martial est sans doute la seule aboutie. Aucune des autres têtes de liste n’aurait bouclé la sienne ! Autant il est difficile de départager les candidats aux premières places autant il est ardu de les convaincre à rejoindre les autres. Surtout que l’idéal pour chacun est d’avoir néanmoins dans ces places, dites « non-éligibles », des personnalités un peu représentatives. Tant qu’à faire ! Celle de Candide est donc bouclée. Et l’affiche de campagne les représente en totalité. C’est une photo sympa. Genre réunion de famille. Candide en a offert un exemplaire à sa maman. Elle ne vote pas dans sa commune. Elle n’en est pas moins fière. Et d’ailleurs, son fils, sur la photo, et de loin le plus beau ! Car ce qui est bien avec les mères, c’est cette garantie de demeurer le meilleur quoi qu’il advienne.
Nouvelle affiche, nouveau tract, nouveaux autocollants. La campagne se poursuit. L’équipe convient qu’il n’est guère « rentable » d’organiser encore des réunions publiques. Trop peu de monde quel que soit le sujet et le candidat. Tout l’effort doit maintenant porter sur le contact direct avec les habitants. Boîtage, porte à porte, « promenade » en groupe. L’équipe s’interroge aussi sur la l’affiche officiel. Faut-il mettre le portrait de Martial seul, comme le fait chacun, car on vote d’abord sur le nom qui porte le projet ? Ou faut-il mettre une photo de groupe, dans l’esprit de la campagne ? Tout le groupe ou une partie ? A quel niveau ? Martial hésite, ces communicants professionnels lui conseillent d’être seul. Candide pense quant à lui que treize serait un bon nombre, suffisant pour faire « équipe » et pas trop pour être identifiable. Débat non tranché.

« Je préfère une photo de groupe » tranche Hina, la compagne de Candide. Candide acquiesce.

jeudi 7 février 2008

Le soutien de Saturne


Mitterrand consultait Elisabeth Tessier ! Mais c’est seulement par hasard que Candide tombe sur son propre horoscope 2008 dans un magazine de salle d’attente. Saturne est là, et c’est une bonne chose parait-il. Soit, mais il est là pour tout le monde, non ? Oui, mais là, il demande spécifiquement à Candide de porter son attention sur lui-même : « Qui est-il ? Que veut-il faire de sa vie ? Que doit-il changer en lui pour devenir celui qu’il est vraiment ? » Sacré programme ! Et si trop d’obligations ou d’obstacles l’encombrent, Saturne va l’aider « à faire table rase du passé et à réévaluer ses priorités ». Ce qui facilitera son nouveau départ. Départ ? Oui !
« Un contrat inattendu en mars »... Dingue ! Il n'est pas précisé si c’est juste après le 16 au soir, mais on s’en doute bien ; évidemment ! Tout cela est donc vrai ? La preuve : il y est dit aussi que Candide fera « un voyage en amoureux en mai » et il vient justement de prendre deux billets pour lui et sa douce ! Même plus besoin de faire campagne, tout est écrit, et bien écrit.... D’ailleurs, Mars va aider Saturne en fin d’année (en "mars" aussi sans doute...) et Vénus est sensée le rendre sexy dès janvier, février. Tiens ? Candide, trop modeste, n’avait pas remarqué ! Mais ce doit être vrai. Et c’est parfait pour séduire l’électeur.

« Du passé, faisons table rase, foule esclave, debout ! debout ! Le monde va changer de base : nous ne sommes rien soyons tout ! » chantonne Candide.

mercredi 6 février 2008

Des ordres à vau l'eau


Candide manque de temps domestique. Il avait déjà pris un bon retard dans le rangement de son bureau et, là, tout empire ! Au stock d’en cours, d’à classer, d’à voir un de ces jours, d’à faire-urgent, de journaux à lire, d’articles à conserver, s’ajoute ce qui vient de la campagne en cours : autocollants, tracts, communiqués de presse, dossiers de travail. Mais il y aussi les RTT à programmer, les vacances à caler, les vols à réserver, les travaux à faire, les devis à enclencher, les impôts à préparer, les factures à vérifier, à contester, à régler, les demandes de renseignement, tout s’entasse. Et l’orientation des enfants, et la retraite à laquelle il faudrait songer, et l’offre d’achat du champ d’à coté... L’avantage de cette pièce bureau pour la famille de Candide, c’est que tout papier dont on n’a plus besoin, toute fourniture devenue inutile est déposée là, « à discrétion ». Et quand « on » a besoin de quelque chose, « on » vient le prendre. Quand Candide a besoin, lui, de son tube de colle ou de sa bonne paire de ciseaux, il ne les trouve jamais ! Par contre il a à disposition trois cent feutres usagés, deux cent crayons bien entamés, des trombones de toutes les tailles, quatre agrafeuses (sauf celle qui marche), dix machines à calculer, cinq téléphones portables sans abonnement. Coté ordinateur ce n’est pas mieux, le câble de sa clé USB est régulièrement déconnecté comme celui de son appareil de photo. Mais d’autres serpentent entre les CD anonymes et les cartouches d’encre usagées non jetées, témoins d’un usage ponctuel et sans fioriture d’autres usagers de passage.
Sans doute le contenu de son disque dur est-il plus clair ? Il n’a qu’un tuyau, le classement est chrono, et l’on peut revenir en arrière sans trop de mal. Mais entre ce qu’il reçoit de professionnel à domicile et de personnel au bureau. Ce qu’il classe sans lire et lit sans classer...

« Et dire en plus que toutes les archives numériques n’ont, parait-il, qu’une durée de vie de dix à vingt ans » se désespère Candide.

mardi 5 février 2008

Une campagne gironde...


Ce qui se passe dans la commune de Candide est loin d’être un cas isolé. Si le PES est en panne au sommet, si ses leaders nationaux ne semblent exister qu'au service de leurs ambitions particulières et contradictoires, cela ne témoigne pas de la vitalité de la base que l’on constate sur le terrain. La perte de légitimité de la direction nationale a engendré une perte d’autorité et donc une prise d’autonomie qui s’est propagé à chaque échelon. Bien sur, hélas, nombre de militants qui en avaient rejoint les rangs il y deux ans n’ont pas supporté la triste réalité vu de l’intérieur. Les effectifs auraient fondu de moitié ! Mais surtout nombre de militants plus anciens et toujours actifs, minoritaires comme autour de Martial, mais souvent majoritaires au sein de leurs sections, entrainant celles-ci contre les diktats d’appareils. Voire certaines fédérations tout entières, défiant ouvertement le national. Dérive girondine, renvoyant aux années 50 ? Repli communal renonciateur de toute conquête nationale ? Pourquoi pas une avancée de la démocratie locale ? Une revanche du pragmatisme de terrain ? Une bonne mise en œuvre du « penser global, agir local », cher aux altermondialistes ?

« Puisse tout ceci, quoiqu’il advienne spécifiquement de moi, être suffisant pour remettre en ordre la machine-à-fabriquer-de-l’avenir-meilleur que devrait être tout parti digne de ce nom », espère Candide.

lundi 4 février 2008

Souvenancitude presente


La main de Candide, rêveuse, glisse sur ses rayonnages de livres. S'y aimante l'ouvrage de Vernant, Entre mythe et politique. Quelques passages soulignés par lui lors de sa première lecture en 96, à juste quarante ans, l’apostrophent : « Nous sommes des hommes et chacun façonne sa propre identité comme on bricole un peu tout, souvent mal. On fabrique sa propre identité avec les autres et avec de l'autre, mais pas n'importe quel autre. C'est là qu'intervient l'amitié. » Oui, c'est ainsi que Candide se construit au fil des jours. Avec le regard des quelques amis qui le lisent. Sans eux, il n'existerait pas.

« On refait son tissu personnel avec la présence de ceux qu'on n'a pas vus depuis longtemps, quand on peut évoquer avec eux toute une série de souvenirs auxquels on ne pense jamais. Le passé revient, et reviens partagé. Si on y pense tout seul, on ne sait même pas s'il est vrai, mais à partir du moment où il est intégré aux autres, il devient une partie de votre histoire. » Oui, c'est aussi ainsi que Candide a entrepris l'an dernier de reconstruire son passé pour mieux vivre son présent. Ses souvenances partagées avec ceux qu'il n'avait pas vus parfois depuis si longtemps, …

« Vous comprenez, au fur et à mesure qu'on avance, on a besoin, pour savoir qui on est, d'avoir un passé plus ou moins coordonné. Cette construction se fait à travers des cadres sociaux, mais aussi par al refonte de son propre passé. C'est comme une dame qui s'avance avec une grande traîne ; quand elle change brusquement de direction, d'un petit coup de pied, elle remet la traîne derrière elle. »

C’était donc ça. Candide réalise soudain la continuité de ses propres démarches. Sa reconstruction du passé, pour pouvoir vivre son présent avec plus d’authenticité. Et c'est Jean Pierre Vernant qui vient de le lui dire. Là. Tout simplement.

dimanche 3 février 2008

La pierre est encore brute


Candide et ses colistiers on refait des photos pour le journal de campagne. Des photos de groupe : les associatifs, les conseillers de quartiers, les entrepreneurs, les politiques, les sportifs, les artistes. Candide pose avec l'un d'eux, mais il pourrait aussi bien être dans chacun d’entre eux, tant il est multiple, éparpillé, touche à tout.
Ensuite, Candide est allé faire nombre, dans une réunion thématique sur leur programme culturel. A La Tannerie, le bar branché du coin, là-bas. Cinquante présents dont 30 comparses… Une dizaine de personnes concernées, combien susceptibles d’être séduites, ou renforcées dans ses convictions ? Martial écoute, convient, prends note. Et répond. Il rebondit, il surenchéri, il programmatise. Sincère. Toutes ces suggestions étant bonnes à prendre.
Au fond de la salle, passif, Candide boit une bière, écoute, observe. C’est rare qu’il soit ainsi dans la discrétion d’une lumière tamisée. Candide n’est généralement là que lorsqu’il est besoin qu’il agisse. Rarement quand il est besoin qu’il fasse juste foule.
Candide a mal au dos. Une semaine qu’il souffre, deux jours qu’il porte un corset pour tenir. Cette campagne, ce n’est pas seulement dans la tête qu’elle se joue, c’est avec le corps tout entier. Et là, peut-être parce que son optimisme fatigue, le reste relâche à son tour. Ou l'inverse.
Candide est rentré à pied avec son voisin sculpteur. Il a fait une pause dans son atelier. Il aimerait rester là. Prendre le marteau et le burin. Prendre l'une de ses belles pierres brutes de marbre ou d’albâtre. La tailler. Prendre le temps pour parvenir doucement au résultat final. Juste le bruit de l’outil, l’odeur de la poussière, la lumière du jour qui passe, et l’idée qui prend forme.

« Mon dieu, que tout le reste me semble soudain si vain » souffre Candide en silence

samedi 2 février 2008

Du porte à porte


Aujourd’hui, Candide fait du porte à porte. En équipe avec la compagne de Martial. Femme d’expérience : c’est ainsi qu’ils ont entrepris la conquête de la commune, il y a 20 ans, électeur par électeur. Premier immeuble : subterfuge pour passer outre le code d’accès, 7ème étage par l’ascenseur, puis redescendre, palier par palier, sonnette par sonnette.
Candide connaît bien ce type de labour. Le porte à porte dans les grand ensembles, ce fut un de ses premiers jobs, il y a 30 ans. Il tentait alors de placer des assurances vies. En vain, mais non sans efforts. Sonnerie, silence, bruits furtifs, œilleton en mouvement, porte qui s’entrebâille précautionneusement…
« Bonjour, vous savez que les 9 et 16 mars prochain nous allons voter pour élire le maire de la commune ? Nous sommes au coté de Martial, notre maire, sur la liste qu’il conduit. Vous connaissez notre maire, Martial ? Beaucoup de choses ont déjà été réalisé dans notre commune et dans votre quartier. Vous l’avez constaté ? La nouvelle placette, juste en bas, vous aimez ? C’est plus agréable à présent, non ? »
Le « truc », c’est de ne poser que des questions susceptibles de recueillir l’assentiment. Ne pas marquer de pause. Ne pas laisser de place à trop de débats.
« Mais il reste encore beaucoup de choses à faire pour améliorer la commune. Avec vous, nous voulons allez plus loin. C’est pourquoi nous vous interrogeons pour élaborer, avec vous, notre projet municipal : que souhaiteriez vous voir réalisé dans votre quartier ? Quelles sont vos propositions ? Avez vous des questions à nous poser ? »
C’est seulement à ce stade que les questions, et plus souvent les critiques, vont s’exprimer. Et la, la première et seule réponse est toujours identique :
« Vous avez raison… ».
Ecouter, convenir, prendre note. Beaucoup ne viennent que d’arriver, pas encore électeurs inscrits. D’autres éconduisent fermement, certains regrettent cette division, ils voteront PES quoiqu’il advienne. Nous n’aurons le temps de faire que 2 immeubles, 12 paliers, 48 portes, la moitié d’absent. Et le reste ? Déjà acquis ou irrémédiablement opposés. Allez, imaginons qu’un seul ait été utilement influencé. Combien en faut-il encore ? Combien d’après-midi ?

« Et il ne reste que 40 jours » s’inquiète soudain Candide, un peu dépité.

vendredi 1 février 2008

Du rouge avec Edgar


Les premiers meetings de Candide, c’étaient ceux de l’Humanité Rouge. Candide était alors « Mao ». Il a mis un terme à cet engagement lorsque celui est devenu un carcan limitant sa liberté de pensée. Mais Candide s’est toujours considéré comme marxiste. Un marxiste qui doute comme se définit André Comte Sponville. Ce qu’il lui plait sans doute le plus dans Marx, c’est qu’il été à la fois économiste, historien, philosophe ; bref qu’il ait cultivé l’interdisciplinarité. C’est dans le même esprit qu’il apprécie des penseurs tel qu’Edgar Morin, si peu étudié en France, si reconnu à l’étranger.

Un jour Candide a pris un verre avec Edgar Morin. C’était au marché des Enfants Rouges. C'est le plus vieux marché de Paris : il tient son nom d'un orphelinat, établit au XVIe siècle, qui recueillait les enfants perdus et les habillait de rouge. Rouge comme la Commune de Paris. Rouge comme le verre de vin trinqué juste comme ça. Avec Edgar, et une amie commune. Un verre d’amicale complicité. Juste le respect de Candide pour Edgar, et le regard d’Edgar, si vif, avec ses 85 ans alors de maturité encore en éveil. Nous parlions d'Internet et aussi de ce que d'autres allaient bientôt retrouver dans son livre alors en cours d’écriture : « Pour une politique de civilisation »...

« Renoncer au meilleur des mondes, n’est pas renoncer à un monde meilleur » a dit depuis longtemps Edgar Morin. Candide est bien d’accord.

jeudi 31 janvier 2008

Meeting réussi, oui !


Un gymnase plein. Prés de 500 personnes, soit le double du meeting du grand Bornard et de la Francine la semaine dernière ! Des personnalités remarquables et remarquées en soutien, malgré l’incroyable pression qu’ils avaient du subir jusqu’au dernier moment par le PES pour les en dissuader. Une dizaine de coups de fil « d’amis » pour les aider à ne pas faire l’erreur de se commettre avec Martial ! A tel point que l’un d’entre eux, artiste connu, a renoncé, quoique présent, à parler publiquement. Il était directement menacé sur sa marge de manœuvre future en matière de représentation.
Candide a animé toute la soirée, en duo avec un de ses colistiers, Saada, dans une aimable improvisation, tant ses fiches étaient encore incomplètes cinq minutes avant le début. Après les témoignages des soutiens, ce furent les interventions de Katarina et Nourdine. L’une courte et incisive, l’autre emblématique et démonstrative. Enfin, c’est sur des musiques entrainantes, que chaque colistier a traversé toute la longueur de la salle alors que son portrait était dressé en quelques mots, puis est monté sur l’estrade sous les applaudissements. La liste étant appelée en ordre inverse, ce fut bien sur Martial qui vint le dernier, prenant alors la parole, entouré symboliquement de toute son équipe. Belles photos en perspectives. Une heure trente en tout. Un bon tempo, sans temps mort, sans longueur, sans fausse note. Hormis les trois « kapos », l’œil torve et la bouche maussade, scotchés sur le coté de la salle, envoyés par le PES pour rendre compte. Tout le monde était ravi. Certains, étant en mesure de faire la comparaison avec le meeting du PES de la semaine passée, soulignaient combien cette présentation apparaissait plus authentique et totalement représentative de la diversité de la commune.

« Fait !» a coché dans sa tête, Candide. « Et bien fait ! »

mercredi 30 janvier 2008

De l'égrégore


Un meeting, c’est comme une grande pièce de théâtre. Tout est important. A commencer par la mise en scène, la lumière, la musique, les décors. Les acteurs principaux bien sur, mais chacun des figurants tout autant. Chacun doit tenir son rôle. Rôle ? Alors tout cela ne serait donc qu’un jeu de tartufe ? Une aimable mais fausse représentation de la réalité ? Non point !
Comme au théâtre, l’histoire peut ne pas être fausse pour autant. Le scénario le plus écrit n’exclut pas la véracité des propos. Et si le talent des acteurs est utile à la sublimation du discours, seule la sincérité de son interprétation permet d’y croire. La valeur du public enfin est également indispensable à la réussite de l’ensemble. Et c’est tout cela, seulement tout cela, ensemble, qui produit l’égrégore.
Alors, quand le rideau retombe, que finisse les derniers applaudissements, que l’enthousiasme cède la place à la raison retrouvée, c’est dans la lumière des visages que l’on distingue la satisfaction de ce moment réussi. C’est dans les congratulations chaleureuses que s’exprime la vérité des émotions ressenties. C’est dans l’énergie produite par cet échange que se cristallise l’élan pour les semaines à venir.

« En fait, un meeting, c’est comme une thérapie de groupe, genre cri primal. On en ressort à la fois épuisé et ragaillardi par l’émotion ressentie » poursuit Candide.

mardi 29 janvier 2008

Des citoyens à venir


Assis aux premiers rangs, les trois enfants de Candide : Siffrein, Gaspard et Séraphine. Avaient-ils le choix ? Certes, Candide leur a exprimé son souhait de les voir là, ce soir, avec une insistance qui ne laissait guère d’espace à une alternative. Peut-être pensent-ils que leur père a souhaité leur présence parce qu’il était un acteur majeur de cette soirée ? Ce n’est pourtant pas ça qui l’anime. Ses enfants ont 19, 17 et 14 ans. Quatorze ans l’âge de ses premières lectures contestataires. Dix sept ans, celui des premières grèves lycéennes, et cette fougue qui le porte en tête des mouvements. Dix neuf ans, celui de l’engagement politique et des AG que, déjà, il anime. Et, là, alors qu’il revient encore aujourd’hui sur l’estrade, toujours animé de la même énergie à vouloir, micro-pas par micro-pas, bâtir pour tous un monde meilleur, peut-être veut-il juste dire à ses enfants, « pourquoi ». Pourquoi il n’a pas toujours été là, tant de soirs durant toutes ces années. Pourquoi il a consacré tant de temps aux autres plutôt que seulement à ses proches, à sa famille, à eux. Pourquoi il leur a toujours demandé, avant tout autre chose, d’avoir conscience de leurs privilèges afin de ne jamais oublier que tant d’autres manquent de l’essentiel.

Et de les voir là, Candide est fier. Fier de voir ses trois enfants, les yeux ouverts sur le monde, attentifs aux autres, généreux, cultivés, conscients des réalités. Il ne doute pas que, quoiqu’il advienne de leur aventure personnelle, ils sont déjà et demeureront toujours des citoyens du monde. Et ce soir, là, alors que Candide va ouvrir les débats, c’est certainement ce qui le réjouit le plus.

« Il faut savoir être un citoyen, c'est-à-dire «faire de la politique». Certes, en faire c'est courir le risque de se tromper ; mais ne pas en faire est être sûr de se tromper » a dit Albert Jacquard.

lundi 28 janvier 2008

Tractage et tractoucour


Aujourd’hui, c’est le grand meeting. Et c’est Candide qui a été chargé d’animer la soirée ! Tout ça sous prétexte qu’il présente bien, avec une belle gueule et une apparente facilité d’élocution ! Et en plus, ils persistent à croire qu’il va être drôle. Lui, qui n’a jamais été le début du commencement d’un boute-en-train, il va notamment falloir qu’il chauffe la salle (un grand gymnase en plein hiver, facile !), qu’il présente les vedettes venues en soutiens et qu’il dise un mot sur chaque colistier lorsqu’ils monteront sur la scène ! Il a bien préparé des fiches mais il n’a rien à mettre dedans. A quelques heures de l’événement, il n’a toujours pas la totalité des noms, et pas même la moitié des âges et professions et actions politiques ou sociales des uns et des autres. C’est la catastrophe assurée, craint-il. L’adrénaline est en train de monter. Il se souvient de ces premiers shows professionnels. Longtemps, qu’il n’avait pas angoissé sur ce registre. Il a distribué ses derniers tracts hier et convaincu toute sa famille d'y venir en soutien : quelle folie !

« Mais qu’est ce que je suis venu me foutre dans cette galère » songe Candide en cherchant le sommeil.

dimanche 27 janvier 2008

"Souriez !"


Aujourd’hui Candide fait avec ses colistiers la photo de « groupe » pour l’affiche. La veille encore Martial bouclait sa liste avec d’ultimes ajustements. Les cieux sont avec eux, ils pourront être mentionnés dans le comité de soutien. Mais si la lumière est belle, le fond de l’air est frais. Et comme ils ont tous posé leurs manteaux dans un coin pour avoir l’air plus léger, ils risquent de se retrouver tous demain au fond du lit alors qu’ils ont leur grand meeting à préparer. Des colleurs du PES passent et sympathisent. Ils semblent presque un peu jaloux de ne pas être de notre coté, visiblement plus rieur et détendu… Un des adjoints au maire arrive en retard, coincé par quatre mariages sans enterrement. Deux manquent à l’appel, indisponibles, le photographe fera des incrustations : vive le numérique ! La photo sera belle, souriante, colorée, avec en fond l’une de nos charmantes rues si typiques. Par précaution, Candide fait une photo individuelle de chacun pour la communication sur le web. Et puis au prix du photographe et au temps passé pour une seule prise de vue, s’il fallait lui demander de refaire ça pour chacun d’entre eux, la journée n’y suffirait pas !

Rentré chez lui, Candide est ravi de constater que ces photos sont toutes très réussies. « Sauf que moi, je n’ai pas un statut de photographe professionnel, alors c’est forcement moins bien » ironise-t-il !

samedi 26 janvier 2008

Tournée générale


« Hé Candideu !». C’est Jonas qui l’interpelle. Jonas c’est un pilier de comptoir. Il peut vous faire le guide détaillé des 50 rades du bourg classé dans l’ordre. Il aime bien Natacha, le Jonas. Natacha lui a dit qu’il fallait soutenir le Martial, alors il le soutient. Même s’il soutient en même temps le Désiré et ses copains du PEV et même s’il n’a rien contre le PES, ni surtout le grand Bornard ! Candide ne passe jamais par cette petite place du marché le soir, mais ce soir, si.
Candide aime bien les bistrots. Mais il n’y va jamais. Il préfère retrouver sa douce et ses enfants. Mais, là, c’est « campagne », alors il faut bien faire exception. Visiblement, Jonas et ses potes n’en sont pas à leur premier pastis ! On remet ça. Candide offre sa tournée. Grosse erreur ! Candide ne partira pas du comptoir tant que chacun des bénéficiaires n’aura pas lui aussi eu le droit d’offrir sa propre tournée. A la cinquième Candide parvient à mettre les bouts. C'est dit : il reviendra avec le Martial. D'ailleurs le Désiré et le grand Bornard sont déjà venu picoler ici la semaine dernière : il faut regagner le terrain ! Il pense avoir convaincu entre temps ses acolytes de venir au meeting prochain. Dans l’immédiat, ils poursuivent leur libation. S’en souviendront-ils seulement demain ? Il a laissé à Jonas quelques affiches à ce propos. Sur que Jonas en affichera quelques unes dans les bistrots du quartier ce week-end !

"Si j'fais campagne comme ça, j'chuis pas sorti de l'auberge, moi" hoquette Candide en titubant vers chez lui !

vendredi 25 janvier 2008

La Camorra


Le grand Bornard a tenu meetinge sur la commune. Avec un vibrant public appel à Martial. « J’ai pour toi beaucoup d’estime et de vrais responsabilités à te confier auprès de moi ». « Ne reste pas seul et isolé ». « Je te le dis, ta place est parmi nous, dans ta famille ». « Mais attention, après le 9 mars, il sera alors trop tard ! ». Grâce à cela, les journalistes ont pris conscience que la candidature de Martial inquiétait bougrement le PES. « Famille » ça fait un peu Camorra tout de même, non ? Martial et ses colistiers préfèrent l’esprit d’équipe à celui de clan. Ils ne se sentent pas seuls, peu s’en faut, vu les soutiens qu’ils recueillent. De grands noms de luttes sociales et politiques : artistes, historiens, journalistes, médecins...
Enfin ils conviennent bien volontiers d’une chose : après le 9 mars il sera trop tard. Mais pour qui ?
La campagne va vraiment démarrer avec la « grande réunion publique » de lundi prochain. Il était important qu’à cette date le paysage soit posé. C’est à dire que les médias aient conscience que non seulement cette primaire à gauche était très ouverte, mais que le PES n’était pas du tout sur de la gagner.

« A partir de là, ils nous suivent et, nous suivant, de fait, nous renforcent » se réjouit Candide.

jeudi 24 janvier 2008

Logorrhée et cacahuètes


Candide parle trop ! Il le sait puisque souvent on le lui rappelle. Non pas inconsidérément, non pas maladroitement, ou inutilement mais juste trop. Trop longtemps quand il déparle. Car alors, il développe, désenveloppe, cisèle, rebondi, allusionne, historicise, métaphore, précontreargumente, symbolise, circonvolutionne. Chacun alors s’agace de demeurer scotché sur des propos dont il a compris l’essentiel. Ou s’endort. Beaucoup considère que « C’était bien ce que tu as dit (pause) Mais un peu long ». Candide parle « bien », on lui dit souvent. Mais beaucoup plus encore jugent qu’il parle « trop ». Candide le sait, il en a conscience. Il aimerait tant réussir à maitriser cette logorrhée compulsive...
D’ailleurs Candide peut ne pas parler. Il sait se taire. Mais alors il ne dit plus rien. Surtout ne pas démarrer. Car s’il commence, il perd soudain tout souvenir de ces résolutions de sobriété, il perd conscience du temps qui passe, il navigue avec bonheur sur sa pensée qui se concrétise au travers de ces mots. Il s’écoute penseront certain. Il se découvre à lui-même en fait. Car sa pensée ne se finalise que dans son expression formelle. Candide ne sait jamais ce qu’il va dire à l’orée d’une phrase. Il le perçoit en même temps que ces interlocuteurs.

« C’est comme les cacahuètes » confesse Candide, « quand je commence à piocher dedans, je ne peux plus m’arrêter ».

mercredi 23 janvier 2008

Un jour, il y aura autre chose...


Un non électeur suggère à Candide : « Et pourquoi pas : Martial, le candidat déjanté » ? Après tout : déjanté -> hors jante -> roue libre -> être dans la bonne roue -> échappée ...
« Tout se tient » conclut-il malicieux!
Et pourquoi pas ? La magie des mots en font des poèmes infinis. Candide n’aime rien autant que de vagabonder de racines de mots, en fleurs de lettres, de ressusciter les termes justes et d’inventer ceux qui lui font défaut. « Un jour - Il y aura autre chose que le jour » écrivit Boris Vian « Une chose, plus franche, que l'on appellera le Jodel - Une encore, translucide comme l'arcanson - Que l'on s'enchâssera dans l'œil avec élégance - Il y aura l'auraille, plus cruel - Le volutin, plus dégagé - Le comble, moins sempiternel - Le baouf, toujours enneigé - Il y aura le chalamondre - L'ivrunini, le baroïque - Et tout un planté d'analognes - Les heures seront différentes - Pas pareilles, sans résultat - Inutile de fixer maintenant - Le détail précis de tout ça - Une certitude subsiste : un jour - Il y aura autre chose que le jour."
Candide connaît ce poème par cœur. Il demeure la clé de bien de ses songes.

« Et pourquoi pas : le candidat des gens ! » poursuit Candide. L’homophonie a également beaucoup de charme, comme a si bien su l'exploiter Boby Lapointe.

mardi 22 janvier 2008

Qui disside de qui ?


Les medias résument volontiers Martial par un seul qualificatif : dissident. Ce qu’il fut aux législatives. Mais aujourd’hui ? Dorénavant hors du PES, il n’est plus qu’indépendant, non ? Qu’est ce qu’un dissident ? Juste « celui qui n'obéit plus à l'autorité politique à laquelle il se soumettait jusqu'alors », nous dit le dictionnaire. Cela n’a rien de désobligeant certes. Et d’autres mots seraient bien pires. Déviationniste, hérétique, hétérodoxe, tout de même trop forts. Schismatique, scissionnaire, séparatiste, trop éloignés de la réalité. Insoumis, non-conformiste, rebelle, résistant, révolté, peu appropriés ... Incontestablement "indépendant" serait le plus convenable.

Dissident à la même étymologie que déjoindre. Et Candide trouve ce dernier terme finalement plus intéressant. Car il ne s’agit plus là d’un morceau qui se sépare de l’autre, mais plutôt de deux morceaux qui divorcent. Sans que l’on sache vraiment qui se disjoint plus de l’autre. On constate l’effet mais on ne spécule pas la cause.

« Martial, le candidat déjoint ? » « Plus abscond non ? Quoique cela pourrait séduire les plus rêveurs... » se risque Candide.

lundi 21 janvier 2008

De la presse écrite


Candide a toujours lu beaucoup de journaux. Cette année, il s’est abonné en plus à son quotidien régional pour suivre le détail des informations locales. Par portage, au lever. Indispensable dans le cadre des municipales à venir ! Il retrouve ensuite, à son bureau, Libération, Le Monde ou Le Figaro. Il apprécie beaucoup certains types d’articles sociétaux et politiques dans Libé, mais il préfère Le Monde pour le traitement de l’international et l’approfondissement sur l’actualité. Le soir, il feuillette Les Echos dont il bénéficie d’un service gratuit à domicile. Il est personnellement abonné à plusieurs hebdomadaires. Le Canard Enchainé, qu’il a toujours lu attentivement. Et Courrier International et Charlie Hebdo, à la demande de ses fils, qu’il picore avec grande satisfaction pour le premier et amusement complice pour le second. Et Politis, aussi, où il compte quelques amis, mais dont le radicalisme ne le satisfait pas toujours. Il reçoit aussi la Vie Ouvrière, gratuitement, pour les mêmes raisons, et quoiqu’il n’ait jamais été syndiqué de sa vie. Il ramène aussi du bureau quelques news en fonction des dossiers traités : Nouvel Obs. surtout, L’Express et Le Point éveillant moins souvent son intérêt. Sans compter tout ce qu’il peut acheter occasionnellement au hasard de ses impulsions. Sans compter le regard qu’il jette dans les peoples comme Paris Match, VSD, Gala, dans les salles d’attente. Sans compter le regard qu’il jette à l'intérieur de toute publication passant à sa portée.
Au delà, de nombreux mensuels viennent encore compléter cette profusion d’informations : Le Monde Diplomatique et Regards pour leur analyse critique du monde « capitaliste ». Là encore il ne partage pas tout le radicalisme de l’alter mondialisme de l’un et du néo-communisme de l’autre. Mais l’un et l’autre sont pour lui des contributeurs essentiels de réflexion sur les enjeux actuels pour une politique de civilisation nouvelle. Comme dit justement Edgar Morin revisité par Duracel ! Et puis des mensuels consuméristes comme Que Choisir ?, informatif pratique comme Le Particulier et enfin ludique comme Fluide Glacial. Il a toujours adoré la bande dessinée et ce titre est celui qui est actuellement le plus proche de son humour.

« Et encore, je me suis calmé, il fut un temps où je ramenais une dizaine de journaux par jour à la maison », se défend Candide !

dimanche 20 janvier 2008

Les absents n'ont pas tord !


Cette histoire de marché, c’est dingue tout de même ! Comme ils se la jouent, tous autant qu’ils sont. Effet d’annonce, effet de manche, démonstration de force… Mais pour qui ? Pas les commerçants ! Ils ne sont pas de la commune, ils changent de bourg chaque jour de la semaine et aucun ne vote ici. Les clients alors ? Mais combien ? Pas ceux qui ont terminé leurs courses à matines et qui, surtout à midi, sont déjà chez eux à préparer le repas ! Et puis combien sont-il ceux qui vont croiser la fine équipe ? Quelques dizaines tout au plus. Et encore dans ces quelques dizaines y a t-il tous ceux du PES déjà acquis à la cause et tous ceux des autres bords qui ne risque pas d’en changer ! Et les camera qui occupe le peu d’espace disponible entre les étals.. Alors pour les médias ? Mais quel impact ? Deux ou trois images au FR3, au mieux. Et une photo dans la gazette locale….

Candide comprend pourquoi Raminagrobis, fort de sa longue pratique de terrain, dit que les marchés ne servent à rien. « Le porte à porte » dit-il toujours, il n’y a que ça. C’est long, c’est fastidieux, cela demande du courage et de la persévérance mais c’est ainsi, électeur par électeur que l’on gagne des voix. « Et le boîtage, bien sur », moins gaspilleur de tracts. D’ailleurs des tracts, au marché, il y en avait en effet plein les caniveaux… Et en plus , l'équipe de Martial avait décidé de ne pas être présente pour éviter toute provocation.

« Il a raison » opine Candide pour lui-même, « ces démonstrations c’est surtout pour se rassurer soi-même ! »

samedi 19 janvier 2008

La Francine au Marché


Candide fait son marché, comme tous les samedis. Il est d’emblée frappé par la présence des distributeurs de tracts plus nombreux que d’habitude. Au stand du PEC où se gèlent souvent seuls en cette saison deux retraités, toute l’équipe municipale est là ! Le Paulo, la Carmen, le Jacob et toutes les figures du parti que Candide connaît bien. Soudain passe le Dimitri avec une petite troupe de soutien. Mazette, c’est la première fois que Candide voit tout ce beau monde au marché ! Ce n’est tout de même pas ce rayon de soleil qui les fait ainsi bourgeonner ? Au coin du carrefour il tombe sur l’équipe du René, avec plein d’ex. du PED qui le soutiennent. En face Ginette, la députée du PES avec plein d’autres militants. Eux sont tous vêtus d’un très voyant K-way rouge arborant le nom de la Francine. Il croise même Jeannot, du fameux MER (Morceau En Réduction) en train d’arpenter gauchement les allées. Et bien sur les amis du PEV, en nombre eux aussi. Enfin, sur la petite placette en retrait, voilà t’y pas la Francine elle-même avec ses troupes toutes de rouge vêtue. Bon sans c’est bien sur, l’édile départemental, le grand Bornard est annoncé ! Qui dit grand Bornard dit médias, qui dit médias dit présence obligée. Chacun est donc venu pour faire tapisserie face aux objectifs. Et puis « rouler des mécaniques » aussi. Ceux qui se sont alliés dès le premier tours avec le PES : le PEC et le MER, histoire de dire qu’ils représentent une force locale justifiant leurs exigences, et puis ceux qui ne se sont pas alliés : le PEV. Histoire de dire qu’ils représentent eux aussi une force locale avec laquelle il faudra compter…

Candide connaît presque tout le monde, salue, discute. Candide est aimable avec chacun. Et chacun l’est à son égard aussi. Jusqu’à quand ? Nul ne sait encore qu’il s’est engagé auprès de Martial . Tous tentent encore de le tirer à lui. Mais il est 11h30 déjà !
« Bon ben c’est pas tout, j’ai le déjeuner à préparer » réalise Candide. Et il rentre chez lui sans attendre l’édile. Comme tant d’autre.

vendredi 18 janvier 2008

Commune idendité...


Dans une élection il faut penser à tout. Et à tous. Et pour n'oublier personne, on liste. On catégorise. Espagnols, portugais, antillais, asiatiques, chrétiens, musulmans, juifs, commerçants, artistes, sportifs, jeunes, seniors, actifs, chômeurs, retraités, anciens combattants, ... Et pour chaque "communauté" supposée identitaire on vérifie s'y on a bien un message politique satisfaisant et surtout un soutien visible d'une figure emblématique.

Pour un déraciné comme Candide, athée, limite apatride, sourd à toute coterie innée ou acquise, c'est un peu troublant d'être complice de cette attention. Candide préférerait tellement que les citoyens ne se prononcent qu'en fonction des choix de société proposés ou de fondamentaux philosophiques. Alors là, la masse des plus pauvres, des exclus, des sans grades, pourrait s'exprimer plus intelligemment en fonction de ses intérêts mieux compris. Avec une vraie liberté, une juste égalité, et une pratique plus substantielle de la fraternité humaine.

Las ! La pureté des intentions politiques n'a jamais fait gagner des élections et une juste idée sans le pouvoir de sa mise en œuvre n'a guère d'effet.

"Alors ? Démagogie ou légitime attention pour chacun ?" fait mine de s'interroger Candide.

jeudi 17 janvier 2008

Cravate or not cravate ?


Candide vient de participer à une réunion professionnelle haut de gamme. Une trentaine de personnes triées sur le volet représentant trois ministères et sa profession. Dont lui. Ce qui n’est jamais évident, tant sa légitimité éprouvée sur certains dossiers ne compense pas, peu s’en faut, leur défiance irrépressible à son égard. Il ne fait pas partie du sérail. Trop indépendant, trop différent. Il n’habite pas les beaux quartiers, ne dîne pas en ville, ne fréquente ni le Rotary, ni le Lion’s, n’appartient à personne. Mais trente ans de métier l’ont incrusté dans le fond du paysage. Il observe ses confrères se disputant les meilleures places. Nombre d’entre eux furent un jour ses collègues ou patrons. Chacun porte au revers son petit bout de ruban rouge ou bleu. Ou ne tardera pas à l’y coudre. Et puis soudain, Candide prend conscience d’une évidence qui n’a dû échapper jusqu’alors qu’à lui seul. Tous, sans exception, tous les hommes, ont une cravate. Sauf lui ! Cela n’a l’air de rien comme çà une « cravate »... mais là, en ce lieu et en cette assemblée, c’est un peu comme si Candide était sans pantalon. Et que chacun, quoique choqué par cette incongruité, fasse comme si de rien n’était.

Candide ne s’en désole pas. Il en sourit. Et se demande s’il en sera de même s’il devait être élu. Il se souvient du scandale de Jack Lang en col Mao à l’assemblée nationale en 1981...

« L’habit fait toujours le moine, et la cravate distingue encore la soumission aux codes du pouvoirs » soupire Candide !

mercredi 16 janvier 2008

La Dorothée


Candide l’aime bien la Dorothée. Connaissance professionnelle de longue date. Avec un parti pris politique clair, versus Duracel. C’est une spécialiste des relations presse. Et elle a déjà travaillé sur des « produits » politiques. Candide l’a appelé pour lui demander conseil. C’est là tout l’intérêt des connivences professionnelles. Vu de loin cela effraie tout un chacun. Vu de près, c’est simplement un défi de plus. Et celui-ci plait à Dorothée. Comme Jacques Pilhan passant de Mitterrand à Chirac sans autre émoi apparent. Simplement « pro ». Elle aide donc Candide à concevoir son plan de communication : outils, méthode, timing. Elle se porte volontaire pour l’aider à relire les communiqués de presse. Pour les angler plus pertinemment. Elle ouvre son carnet d’adresses, coffre-fort de tout communiquant. Donne ses noms, ses téléphones et ses sésames. Candide est ravi. Leur entretien est plus réjouissant que tout ce qu’il aurait pu imaginer. C’est ludique. Et terriblement sérieux et efficace en même temps. Aussitôt séparé, Candide lance ses équipes au boulot : mises à jour du fichier presse, journaux, radios, télés, internet, bios complètes des colistiers, autant sur les têtes de listes adverses, constitution du dossier de presse, élaboration du premier communiqué...

"Rien ne me réjouit plus que de me confronter à de nouvelles expériences formatrices !" se réjouit Candide.

mardi 15 janvier 2008

Candide à vélo


Candide fait du vélo. Qu'il vente, qu'il pleuve, qu'il gèle. Tous les jours il se rend à son travail en bicyclette dans une commune voisine. Dix kilomètres aller, dix kilomètres retour.

Ecolo Candide ? Oui, mais ... En fait ça lui a pris "comme ça", il y a deux ans, au retour de ses vacances où le grand air n'avait pas eu raison de ses poignées d'amour. Il s'est dit qu'il devrait profiter du confort estival. Il y a pris goût à l'insu de son plein gré. Puis constaté à sa grande surprise qu'il devenait difficile de s'en passer ! Car le vélo en ville c'est vraiment bien : rien de tel pour arriver à l'heure, se garer à 2 secondes de sa porte, oublier les bouchons et le stress. Et les parfums de la ville comme de la nature rendent plus heureux. Et la lumière, et les douces perspectives, et... tant de choses encore qui font de chacun de ses trajets un simple enchantement.
Candide n'en a pas moins une voiture, mais il ne la sort que pour de plus long trajets ou d'incontournables transports. Il défendait déjà de longue date la reconquête de l'espace routier au profit des circulations douces. Il en est d'autant plus convaincu aujourd'hui.

"Et en plus je fais du sport tous les jours" s'enorgueillit Candide ! Et sa tendre en est ravie...

lundi 14 janvier 2008

La liste à Martial


Cette tête de liste c’est d’emblée présentée forte de ces huit premiers éléments. C’est eux qui illustrent tout les premiers tracts et affiches qu'ils viennent d’imprimer. Ceux que Candide a commencé à diffuser dans les boites aux lettres. C’est le groupe de la première heure. Ceux qui soutinrent Martial lors dès la législative de juin dernier. Puis, en septembre, avec quelques autres maquisards du PES, ils avaient convenu de la nécessaire candidature du maire sortant aux municipales. Il y a Katarina, élue sortante (économie solidaire), Nourdine, créateur d’une radio locale, Isoline, déléguée nationale à l’éducation, Damien, élu sortant (solidarité, personnes âgées), Stella, coordinatrice locale des associations, Xander, conseiller de quartier et Naemi, déléguée à la vie de quartier. La parité homme-femme est dorénavant classique puisque obligatoire pour les municipales. Mais la diversité est libre. Et ici, nous avons du babtou, du rebeu et du keubla. Un patchwork Benetton. La vie en couleurs.

Et surtout, cette liste repose sur trois composante essentielles : un tiers de politiques locaux, un tiers d'acteurs associatifs, un tiers d'habitants citoyens actifs.
"La vie en vraie. La vie toute nue." glousse Candide.

dimanche 13 janvier 2008

Voisins, voisines


Candide croise Martine ce matin. Une habitante de toujours, née là… Une rentière, par hasard plus que par conviction. Une copine souvent côtoyée dans les écoles avec les autres parents d’élèves. Il l’informe de son engagement. Ça l’embarrasse la Martine. Elle vote PES et craint la dispersion des voies. Syndrome du vote utile. Elle pense que le Martial aurait du passer la main. Candide a trop l’habitude d’être tolérant avec chacun pour ne pas accepter a priori leur point de vue comme aussi valable que le sien. Spontanément il ne sent pas trop les arguments à opposer. Trop classique, trop standard.

Il croise aussi André, un écrivain. Il fait de même. Ça l'embarrasse l'André, il feint alors de ne pas avoir de clarté électorale. André il est comme beaucoup d'intellectuels, peu engagé dans l'action collective mais toujours prêt à monter au créneau sur des sujets ponctuels qui l'interpellent : la liberté de fumer, les voies piétonnes... Pas facile de transformer ces prurits individuels en conscience politique. Mais essentiel !

"Comme dirait Nietzsche : mon voisin, ce n'est pas seulement mon voisin, c'est aussi le voisin du voisin" philosophe Candide.

samedi 12 janvier 2008

Enthousiasme militant


Le rythme est lancé. Rue des Charmilles, réunion de l’équipe de coordination, suivi de celle des colistiers et du comité de soutien. Cette liste a la particularité de ne pas être issue d’une préalable lutte fratricide mais d’une adhésion commune à un projet simple : soutenir la liste du maire sortant ! Faire en sorte que celle-ci conquiert le plus grand nombre de voix. Et après ? Rien ! Objectivement rien pour l’instant. Pas de plans de carrière, pas de supputations, de positionnements personnels, de calculs. Trop tôt, trop loin ! Les discussions peuvent être animées et contradictoires entre nous : éléments de programme, méthodes d’action, style de paroles, mais extraordinairement tout s’additionne. Rien n’exclut.
S’installe ainsi une ambiance très « bon enfant ». Chacun heureux, simplement, d’être là. D’en être. Chacun renforçant cette sensation par contagion réciproque. Une belle émulation pour vaincre. Avec plaisir naturel et générosité sans artifice. Sans redouter un quelconque échec, sans craindre que ce ne soit difficile. Difficile ? Concept sans objet. On a juste à faire. Vite, bien, ensemble.
« J’ai l’impression de retrouver l’enthousiasme du militantisme de mes vingt ans » se réjouit Candide !

vendredi 11 janvier 2008

Candide médium


Candide a pris rendez vous avec Martial, pour mettre au point les actions de communication vers la presse. Ils réfléchissent sur la meilleure façon d'intéresser les médias nationaux à cette histoire. Il faut nécessairement sortir du tout-venant. Attirer l’attention sur le caractère singulier de cette candidature. Angler leur présentation en fonction de la nature de chacun. Une commune frondeuse, un PES mis en danger dans ses propres rangs, une contestation des appareils politiques par les acteurs de terrain, un mouvement de refondation en constitution, une liste très ouverte... Il serait également pertinent de souligner le parallélisme avec la situation de Raoul, histoire de suggérer un double intérêt.

Et puis, il faut aussi s’assurer du suivi de la presse régionale. Le localier du quotidien est plutôt favorable à Francine. Et aussi les décrochages régionaux de FR3 et radios. Enfin, il faut veiller à produire un maximum de buzz sur le net. Pour être efficace, il va falloir appeler individuellement chacun, tenter de créer en quelques jours une curiosité, une connivence. Devant l’ampleur de la tâche, c’est au moins depuis trois mois qu’il aurait fallu commencer cette campagne !

« Raisonnons comme pour une banale urgence professionnelle, c’est ainsi que j’y parviendrais le mieux » se rassure Candide.

jeudi 10 janvier 2008

C'est parti !


Martial a réuni son staff de campagne. Candide en est !
Porte-parole, chargés des relations presse, chargés de communication, coordinateurs terrain, logisticiens, webmestres. Avec, en soutien, les colistiers déjà conseillers élus et l’embauche d’une secrétaire permanente : une douzaine en tout. On statue sur les temps forts devant ponctuer les neuf semaines à venir : un meeting festif pour lancer le mouvement dès la fin du mois, trois réunions publiques thématiques pour échanger avec les électeurs, et enfin l’édition du programme complet de mandature, intégrant dans la trame initiale l’expression des habitants eux-mêmes. Les tractages sur marché sont écartés au profit du boîtage, jugé plus efficace. Un programme marathonien est fixé à Martial pour faire du porte à porte tous les soirs, ponctué de rencontres Tupperware organisées de-ci de-là ! On hiérarchise les priorités en matière de communication et on liste les vedettes susceptibles de venir faire pétiller le meeting ! Echanges de mail et rendez-vous bilatéraux sont calés. Réunion hebdomadaire programmée tous les vendredis, suivie d’une réunion élargie à l’ensemble des colistiers et du comité de soutien.
« Il va falloir caser tout ça dans mon emploi du temps » s’inquiète Candide !

mercredi 9 janvier 2008

La République de Kraland


Candide déjeune avec son grand fils Siffrein. Parlent ils alors de choses et d’autres.
« Tiens ! Je ne t’avais pas dit, je viens d’être nommé ministre de la communication ! »
« Ministre ... ? »
répète en écho, incrédule, Candide.
« Ben oui, depuis deux semaines déjà ! »
C’est conforme à sa vocation d’être un homme de média, soit. Et c’est vrai, le Président Duracel pratique l’ouverture à tout va et l’événementiel à l’encan. Nommer un parfait inconnu de 19 ans au gouvernement, il en serait bien capable...
« Et du coup j’ai pistonné Gaspard : il vient d’être bombardé ministre de la guerre ! »
C’est approprié à son tempérament assez aguerri, soit. Et c’est vrai, Alexandre le Grand était lui-même déjà conquérant à 17 ans. Donc tout est normal. Mais Candide n’est pas idiot et a bien compris qu’il s’agit de jeu virtuel. Son fils lui conte les arcanes de la République de Kraland. Comment il a conquis ces responsabilités, faisant preuve d’habile docilité et de judicieuse force de proposition, s’appuyant sur ses réseaux d’amis, ne se fâchant avec personne, poussant son avantage...
Il y a deux semaines, Candide croyait à tort ne pas pouvoir l’intéresser à son engagement électoral. Que nenni, son fils partait aussitôt sur d’autres terres conquérir de plus vastes responsabilités.

« Mon jeu parait sans doute plus réel, mais nos règles sont bien les mêmes et mes résultats seront sans doute tout autant virtuels que les tiens»
conclut modestement Candide.

mardi 8 janvier 2008

Voeux piaffants


Hier, c’était la cérémonie des vœux du Maire. Tous les notables du canton étaient là, pensez donc ! Les acteurs sociaux, les conseillers de quartiers, les représentants d’associations, d’enseignants, de commerçants... Et les élus bien sûr. La majorité municipale, sur l’estrade, comme un seul homme autour du maire, et l’opposition au parterre. Le maire a fait un beau discours sur les racines et les aubes nouvelles, sur notre commune populaire, plurielle, vivante, frondeuse. Les échéances électorales ont été évoquées pour annoncer un moment riche d’enjeux, de mobilisations et de paroles données aux habitants. Les applaudissements qui ont suivi ont été particulièrement nourris. Les futurs adversaires du Martial ne pouvaient pas faire autrement que de suivre au risque de se désolidariser de leur propre bilan, et les soutiens du maire, tout à leur enthousiasme de conforter leur légitimité, ont su maintenir le tempo un long temps !
Au cours du buffet qui s’en suivit, Candide en a profité pour annoncer à Francine ses choix. Par respect pour ses camarades et pour ne pas injurier l’avenir. Dépitée, la Francine est vite devenue désobligeante, confortant ainsi Candide dans son choix. Il en a fait de même avec le Dimitri, moins soucieux. Car lui, fort de sa deuxième place conquise auprès de sa concurrente honnie, sûr d’être élu quoiqu’il advienne, il s’est déjà mis en service minimum.
Natacha, définitivement acquise, s’employait efficacement à convaincre ses nombreux contacts de soutenir Martial. Les discussions allaient bon train entre chacun. On en sentait beaucoup déjà détenteurs de secrets de campagne et, tous, à l’affut de ceux des autres. De fausses rumeurs circulaient parmi les vraies. Les connivences apparentes étaient observées, soupesées, jaugées.

« Les chevaux piaffent ! C’est un champ de course avant le départ » rigole Candide !

lundi 7 janvier 2008

Des partis-pris


"Récapitulons" s'oblige Candide. Les principales parti(e)s prenantes de listes en lice pour le partage du gâteau sont les suivantes :
- Le PES (Parti En Sucette), avec la Francine, tête de liste, conseillère PES sortante, le Dimitri, sénateur, la Ginette, députée, la Sabine et bien d'autres. La Natacha, conseillère PES sortante, n'est pas sur la liste. Le maire, Martial, exclu du PES pour dissidence législative, présente sa propre liste.
- Le PEC (Parti En Capilotade), avec le Paulo, ne présente pas de liste autonome. Trop certain de ses mauvais résultats, il a préféré négocier d'emblée sa place sur la liste du PES. Celle-ci étant assurrée de sa victoire au second tour.
- Le PEV (Parti En Vadrouille), avec le Désiré, tête de liste. L'Annette, conseillère PEV sortante, n'est pas sur la liste.
- Le PED (Parti En Désunion), avec le Jean-Clément. Fâché de ce parachutage, le René, conseiller PED sortant, présente sa propre liste.
- Le PEB (Parti En Brioche) avec l'ancien maire, celui d'il y a 12 ans, le Dieudonné, leader départemental du PEB, qui a tenté en vain de se présenter dans une commune voisine plus favorable.

dimanche 6 janvier 2008

C'est à l'aube...


Demain, les enfants reprennent le chemin de l'école et les candidats vont entamer le bal des préaux. Les premiers rôles se sont déjà avancés sur la scène ; les seconds couteaux, les figurants et les machinistes vont maintenant apparaître à la lumière. Neuf semaines seulement les séparent du choix des électeurs. Lesquels sont encore bien loin d'avoir fait celui-ci.
Chacun va donc s'employer à se faire connaître, au moins. A se faire apprécier, voire à séduire. C'est la grande parade qui commence.
Candide, s'il devait s'engager aujourd'hui hésiterait encore. Tant de choses l'attendent dont il sait déjà quelles ne sont pas siennes : humeurs, fiels, biles et apostrophes. Ce sont les grands corps malades des joutes politiques qui s'avancent. Il va lui falloir toute son innocence pour rester serein et guilleret, mais il ne doute pas de sa candeur. Et c'est elle qui le préservera de tout les maux.

"Candide je suis, candide je demeure" sentence-t-il !

samedi 5 janvier 2008

Le Paulo


Candide l'aime bien le Paulo. Il fait parler de lui en ce moment. Il projette un devenir de tours pour loger tout le monde. De l'emploi et des logements. Brut de béton. Un militant à l'ancienne, version probe. Le mot précis. L'acte en rapport. La présence entière, jusque dans ses silences. Une figure à la hauteur de ce que fut ce parti. Le plus généreux. Le plus ambitieux. Le plus fourvoyé aussi. Agonisant aujourd'hui de son incapacité à maintenir en vie nos rêves d'une humanité meilleure.
Ses camarades sont à l'encan. Le Jacob dont Candide a apprécié la résistance à l'agression dans toutes ces réunions de terrains aux intérêts si divergents, si conflictuels et dont il réussissait toujours à sortir avec une conclusion, quelle qu'elle soit. Et puis la Carmen. Le visage lumineux. Un regard traduisant la force d'une vie toute entière offerte sans compter aux autres.
Bref : il est bien le Paulo ! Mais sa représentativité ne lui permet plus que de négocier sa présence sur les listes du grand Bornard, sans condition.

vendredi 4 janvier 2008

De la culture du résultat


Candide ne soutient pas le Président Duracel. Il convient pourtant que son style de gouvernance, à défaut de produire des résultats conformes à ses idéaux, pourrait pourtant bien faire utilement bouger les lignes. Il en ainsi de la déclaration du jour sur l’évaluation des ministres. Et chacun de pousser des cris d’orfraies, et chacun de se gausser des indicateurs forcement fumeux pris isolement. Et alors quoi ? Et pourquoi ne pas mesurer les résultats ?

Vous avez dit, mon cher président, que vous alliez augmenter le pouvoir d’achat ? Mesurons ! Que vous alliez diminuer la dette publique ? Jaugeons ! Que vous alliez augmenter l’emploi ? Observons ! Que l’on allait gagner plus en travaillant plus ? Constatons ! Oui, Candide n’est par choqué par le principe de l’évaluation, par le fait de confier cela à un cabinet ad hoc, par le fait d’y intégrer des critères objectivement définis dans les lettres de missions.
Et d'étendre le principe à toutes les promesses des candidats dont 36000 d’entre eux seront bientôt maire de leur commune !

jeudi 3 janvier 2008

De la gazette locale


Candide l’aime bien le Benoit. Benoit, c’est le rédacteur en chef de la gazette locale. Gazette d’obédience religieuse, soit, mais seule gazette cent pour cent locale. Et hormis les quelques pages d’informations paroissiales, le reste contient bien la seule source d’information détaillée hors le bulletin municipal ! A son rythme mensuel et avec ses seuls bénévoles, cette gazette donne aux habitants qui veulent bien se donner la peine de la lire, plus d’informations locales pertinentes que notre quotidien régional. D’ailleurs Candide y collabore épisodiquement. Et c’est pourquoi Benoît le sollicite aujourd’hui pour produire un petit article sur le fonctionnement de notre conseil municipal (« Comment ça marche ? »).
« Bien volontiers ! Cela favorisera utilement ma notoriété ! » s’enthousiasme Candide. Scrupuleux il avoue son engagement personnel dans la campagne à venir et propose, dans la foulée, un autre article, plus prospectif, sur les enjeux de la démocratie locale.
« Banco », lui répond Benoit, « 2500 signes seraient parfaits dans le dossier sur la campagne ».

mardi 1 janvier 2008

De Léo Ferré


Candide écoute « Il n’y a plus rien ». Il conserve en lui cette révolte nécessaire acquise à l’adolescence. Il la retrouve en chacun des vers de Léo Ferré qu’il écoute. Au passage sur la légion d’honneur, il songe au propre risque qu’il prend : celui d’être lui-même enrubanné un jour, ne serait-ce que modestement. Il se souvient du lycée dont il fut exclu, fier, parce que sa mère avait eu le culot de jeter à son proviseur des propos très similaires. Il sourit. Il n'oubliera jamais...

Cette « allure » que vous portez, Monsieur, à votre boutonnière,
Et quand on sait ce qu’a pu vous coûter de silences aigres,
De renvois mal aiguillés
De demi-sourires séchés comme des larmes,
Ce ruban malheureux et rouge comme la honte dont vous ne vous êtes jamais décidé à empourprer votre visage,
Je me demande comment et pourquoi la Nature met
Tant d’entêtement,
Tant d’adresse
Et tant d’indifférence biologique
A faire que vos fils ressemblent à ce point à leurs pères,
Depuis les jupes de vos femmes matrimoniaires
Jusqu’aux salonnardes équivoques où vous les dressez à boire,
Dans votre grand monde,

A la coupe des bien-pensants.